Pascale DUVIVIER


 

J’ai un rapport à la matière qui se veut exploratoire. Une exploration qui s’étend du  papier à l’installation in situ. Mues abandonnées, déchets plastiques ou organiques, traces façonnées par le temps, scories de la productivité …sont matières à accumulation, classement, détournement.  A partir des propriétés inhérentes à la matière et à sa mémoire,  j’interroge les zones de contact, convoque les contraires, explore les possibilités de glissement du matériau vers d’autres, construit des passages inopinés. Partant d’écorces d’eucalyptus ou de fragiles feuilles de papier à cigarettes brûlées,  je capte un processus aléatoire présenté dans son infinitude. Mon  geste minimal vise à la simplification de l’intervention, du nombre de matériaux, il laisse une large place au hasard et pose la question du geste, celui qui donne vie à une forme nouvelle, pour une lecture  dispensée d’aboutir, idéalement destinée à l’errance ou plutôt à se laisser errer.

«  Il y a dans lire une attente qui ne cherche pas à aboutir. Lire, c’est errer. La lecture est l’errance. » Extrait de Pascal Quignard, Les Ombres errantes, Ed. Grasset, 2002

 

« Matériologie » : par ce mot-valise sont désignées les orientations plastiques et esthétiques de Pascale Duvivier. Son langage de la matière est le lieu d’une dialectique entre différents termes qui sont distribués au fil des opérations, ainsi que des niveaux de lecture que l’on adopte. Une rhétorique de la perception est en jeu, et en connecteur logique se trouvent les présences du corps.
La matière, donc. Souvent pauvre et fragile, elle détermine des gestes, encadrés par des protocoles, qui permettent d’expérimenter, d’exploiter et enfin de révéler les qualités plastiques des matériaux. Ainsi des papiers à cigarettes, qui sont dans un premier temps collés à même le mur, puis brûlés systématiquement à partir d’un coin prédéfini. Ou encore des films adhésifs, qui vont recueillir, sur leur face enduite de colle, des pigments de couleur verte simplement déposés au pinceau.
Ces contraintes permettent à Pascale de contenir ses actions, en vue d’interventions épurées, délestées de tout élément superflu, seulement définies par ce qui est essentiel. Une fois le cadre posé, la matière peut alors prendre le pas : la brûlure des papiers va se propager sans contrôle et créer son propre rythme, les pigments vont migrer et s’oxyder au fil du temps et des réactions chimiques avec l’adhésif. Les protocoles mis en œuvre sont là pour faire émerger des situations plastiques, soumises au non-contrôle et à l’entropie.
Le corollaire esthétique de cette culture de la matière, fondée sur le précaire et  l’instable, est celui de la perception : les matériaux se font les signes des gestes qui les ont affectés. Cette présence indicielle du corps de Pascale se décline selon les modalités de l’empreinte, de la trace, de l’enregistrement, et place la réception des œuvres du côté de l’expérience sensible. Corps et matières sont des termes indissociables dont les relations sont explorées d’une proposition à une autre, donnant lieu, effectivement, à des « matériologies ».

Marie Adjedj, chargée de programmation du Pressing.